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Comment réussir les concours Sciences Po Paris et IEP ?

Temps de lecture : 8 minutes

 

Si intégrer Sciences Po ou un Institut d’Études Politiques (IEP) reste le souhait de nombreux étudiants, la barrière du concours semble être un obstacle difficile à franchir pour nombre de candidats.

 

Quelles sont les raisons pour lesquelles les élèves échouent aux concours d’entrée à Sciences Po ?

Même les élèves les plus brillants au lycée peuvent complètement passer à côté du concours d’entrée à Sciences Po ou d’un IEP, tout simplement parce que les règles du jeu d’un concours sont véritablement différentes de celles du lycée. Déjà, elles ne sont pas connues pour la plupart des candidats : alors qu’un lycéen est bercé depuis la classe de seconde sur l’objectif du baccalauréat, il n’y a rien de comparable pour les concours Sciences Po. La personne doit chercher les informations, plus ou moins claires, parfois contradictoires, sur le concours. Un lycéen reste sans point de repère : il aura réalisé plusieurs bac blancs et contrôles types avant la véritable échéance, alors qu’il n’aura parfois jamais planché sur des sujets dans les conditions du concours, dont l’exigence n’est pourtant pas de se contenter de la moyenne. Il y a là un véritable paradoxe.

 

Il règne également une grande confusion sur les attentes de ce type d’épreuves. J’aime bien clarifier l’objectif en coupant court aux légendes urbaines sur les concours IEP. Les épreuves visent à vérifier que le candidat maîtrise des éléments techniques, comme les connaissances en histoire ou l’expression correcte dans une langue étrangère, mais également qu’il démontre des capacités intellectuelles et humaines, à l’occasion de problématisation de sujet, de construction de plan, d’organisation des idées. Savoir structurer sa pensée dans une copie relève moins de connaissances que de qualités intellectuelles et humaines. Je rappelle donc souvent à mes élèves que leur travail de préparation pour un concours comme ceux de Sciences Po ne peut pas se limiter à une accumulation de connaissances.

 

Enfin, il y a une forme de découragement ou de manque de confiance. Trop d’élèves échouent déjà parce qu’ils ne croient pas en leur réussite. Je suis très surpris du discours contradictoire que me tiennent les candidats : ils rêvent intégrer Sciences Po mais ne se rêvent pas en train de réussir le concours. Ils sont convaincus qu’on ne peut pas en même temps passer le bac et réussir son concours Sciences Po. Je leur rappelle quand même qu’on peut largement poursuivre plusieurs objectifs dans une année. Réussir le concours Sciences Po est certes difficile mais sûrement pas impossible.

 

Quelles sont les conditions pour réussir un concours comme celui de Sciences Po?

 

Il est évident que le concours réclame des connaissances techniques. Si vous ne maîtrisez pas le programme d’histoire ou si vous êtes incapable de vous exprimer correctement dans une langue étrangère, vos possibilités de réussite seront réduites. Mais répondre aux attentes du système scolaire en terme de notation ne vous garantit en rien votre réussite au concours. Les épreuves exigent aussi de mobiliser des qualités intellectuelles et humaines. Je parle souvent de posture intellectuelle : se préparer à un concours, c’est aussi se préparer à des études. Il ne faut pas avoir une vision court terme. Si vous avez envie d’intégrer Sciences Po, l’idée de préparer le concours doit tout autant vous enthousiasmer. J’ai toujours trouvé cet enthousiasme chez mes élèves qui ont réussi le concours : l’envie d’apprendre de nouvelles choses, une curiosité intellectuelle, une participation en cours dynamique, une demande de conseils importante. Les élèves impliqués sincèrement dans leur préparation se sont très souvent révélés être lauréats.

 

Il faut toutefois bien garder à l’esprit que préparer un concours entraîne nécessairement une charge de travail supplémentaire. Ne pas en avoir peur est un élément décisif dans la réussite. C’est un immense privilège que de pouvoir apprendre. Préparer un concours, c’est une opportunité d’apprendre de nouvelles choses, de sortir de sa zone de confort intellectuelle, de quitter le cadre rassurant du lycée pour partir à l’aventure du concours et des exigences qui y sont liés. Si on considère d’emblée que c’est une chance plus qu’un fardeau, la charge de travail est déjà plus facile à assumer. Je donne cours de culture générale et je dis souvent mes élèves qu’enseigner une matière aussi riche et passionnante ne représente pas une charge : lire des articles qui permettent de comprendre la société, découvrir les pensées d’intellectuels qui ont traversé les siècles, développer son esprit critique grâce au savoir, retrouver de la rationalité dans notre société de médias qui se contente souvent de ne jouer que sur les émotions, comment pourrait-on y voir un fardeau? En prime, avec le travail de méthodologie, on apprend à structurer sa pensée. Le fond comme la forme dans la préparation d’un concours sont de véritables enrichissements qu’il ne faut pas perdre de vue.

 

Quel est le calendrier idéal pour se préparer aux concours Sciences Po ?

 

Les concours se situent pendant l’année de la Terminale. L’idéal serait de se préparer dès la classe de Première, ne serait-ce que pour se sentir plus serein. Mais en la matière, il n’y a pas de règle d’or. Certains élèves ont un solide capital de connaissances et de culture. Ils peuvent rapidement faire l’acquisition d’une méthode pour bien structurer leur pensée et réussir leur concours en débutant leur préparation peu de mois avant.

 

Plutôt que de parler de temps, je préfère parler de rythme. Vous pouvez vous lancer dans une préparation deux ans avant la date fatidique et ne rien obtenir, et, inversement, vous y prendre trois mois avant et tout réussir. J’ai des élèves qui démarrent dès leur classe de Première et d’autres qui rejoignent le groupe en cours d’année de Terminale. Le dénominateur commun de ceux qui vont réussir : la régularité. Il faut bien intégrer la préparation d’un concours dans son rythme de travail de lycéen. Être bien organisé et régulier dans son travail seront de toute manière des qualités requises pendant les études à Sciences Po.

 

Faut-il donc être bien organisé?

 

Cela semble être une évidence, mais en réalité, à part faire un planning qu’ils ont du mal à tenir, les élèves ne savent pas véritablement s’organiser. Ce n’est pas surprenant : de telles optimisation du temps et recherche d’efficacité ne peuvent pas s’improviser et ne font pas l’objet d’enseignement au lycée.

 

La clé de la réussite réside dans la prise de conscience que le capital temps disponible est par essence fini : on ne disposera jamais de temps supplémentaire. Il convient donc d’être dans une logique d’optimisation et d’efficacité. Pour donner un exemple très simple de ce qui peut être mis en place très rapidement, j’aide mes élèves à travailler en terme d’objectifs à atteindre, qui ont préalablement été découpés en tâches réalisables. Au lieu de se dire « je dois travailler la culture générale », on se fixe des objectifs comme mieux comprendre des notions telles que « la société de consommation » qui se retrouvent découpées en de multiples tâches comme savoir définir clairement la notion, avoir des points de repères historiques, connaître trois grands intellectuels sur la question ou encore être capable de formuler les principales problématiques soulevées par la notion. Bien entendu, cela réclame la mise en place d’un programme et d’une grille d’analyse des notions. Il existe énormément de techniques de travail qui permettent de mobiliser ses capacités de manière optimale et qui s’adaptent à chaque élève. Il faut que ces méthodes soient transmises.

 

On garde quand même l’impression que ça reste bien compliqué d’avoir son concours. Comment rester motivé?

 

Il faut prendre les problèmes les uns après les autres. L’accumulation de doutes, du manque d’information, de défaut de soutien, d’absence d’aide et de repère rend forcément l’ensemble bien complexe. Pour rester motiver, il n’y a pas de miracle, il faut régler les problèmes un par un : d’abord bien s’informer, puis se doter des bons outils, se fixer des objectifs clairs et réalistes, garder à l’esprit que toute personne honnête dans son travail personnel peut réussir le concours sont les premières étapes pour rester pleinement concentré sur son objectif de succès. Quand je préparais les concours comme celui de l’ENA, je notais tout ce que je faisais dans un petit carnet. Dès que j’avais un petit coup au moral, je regardais mes notes et je réalisais combien j’avais travaillé mais aussi ce qui manquait, ce que j’avais oublié ou ce que j’avais adoré. C’était gratifiant, ça me donnait de nouvelles forces mais c’était avant tout un travail d’honnêteté avec moi-même. Il ne faut pas se bercer d’illusions sur son travail personnel. Je vois trop souvent des élèves fuir la réalité du travail personnel et rester bloqués dans les bonnes intentions. Il ne faut pas se voiler la face, au risque de ne rester qu’avec des regrets et des faux bilans.

 

Je donnerai un dernier conseil pour rester motivé : commencer! Poser la première pierre, se lancer. On est souvent trop pressé, on veut tout de suite le résultat. Il faut démarrer, se prendre les pieds dans le tapis, changer de rythme, revoir ses méthodes mais il faut commencer. Je reprends les élèves quand ils me disent, après leur avoir délivré des conseils, « je vais essayer » : je leur répond immédiatement « fais-le ou ne le fais pas, il n’y pas d’essai ». On pourra par la suite corriger, améliorer, peaufiner mais il convient d’abord de faire.

 

Ce qui est fait au lycée est-il suffisant pour préparer son concours?

 

J’entends souvent que le bagage transmis par le lycée est suffisant pour se préparer aux concours. Si tel était le cas, je ne verrai pas autant d’élèves esseulés face à l’enjeu. Même sur des matières comme l’histoire ou la langue étrangère, les seules connaissances ne suffisent pas. Quant à l’épreuve de culture générale, on ne peut pas dire que le lycée y prépare véritablement et on le comprend quand on voit la teneur de l’épreuve.

 

Un concours sélectionne les meilleurs, on ne peut donc pas logiquement se contenter de ce que techniquement tout élève peut obtenir au sein du lycée. Il faut se démarquer. Un candidat doit nécessairement fournir un travail personnel au delà de ce qui est fait au lycée : c’est bien ce qu’il fait dès qu’il ouvre un livre de culture générale.

 

Pour moi la clé de la réussite sur cette question se trouve dans la lecture. Stimulée par la curiosité, la lecture constitue un puissant moteur de réussite. Le savoir se trouve dans les livres et les revues. Mais il faut savoir quoi et comment lire. En prenant un jour un grand quotidien national, j’ai compté cinq articles intéressants pour la préparation d’un concours sur un total de 43 articles. Non pas que les autres articles ne présentant aucun intérêt, mais ils ne donnent qu’un état de faits ou de situation. L’élève pourra éventuellement le mettre à titre d’exemple dans sa copie mais il n’en tirera aucune analyse ni réflexion. Des revues mensuelles comme Sciences humaines et Philosophie magazine me semblent bien plus adaptées pour un concours : l’analyse est au coeur de ce type de sources. A contrario, Internet constitue un piège. L’illusion d’un accès facile à une bibliothèque numérique de savoirs ressemble pour moi à un labyrinthe où il est facile de se perdre. Je n’utilise internet que pour vérifier une donnée, ce n’est pas une source en soi.

 

Prépa or not Prépa?

 

C’est une question que l’on pose mal en réalité. Il n’y a aucune obligation à s’inscrire dans un établissement qui donne des cours spécifiques destinés à préparer les concours Sciences Po. La clé de la réussite réside dans le travail personnel. La question est donc : de quoi ai-je besoin pour réussir mon concours? A cette question, on répondra de l’information, des conseils, des lectures, de temps, de méthodes et éventuellement, si on ne ressent la nécessité, de l’accompagnement de personnes qui connaissent le niveau d’exigence des concours IEP.

 

J’ai toujours considéré que la Prépa devait bien entendu répondre à un objectif à court terme de réussite au concours mais également permettre de développer des capacités qui seront utiles tout au long des études et de sa vie professionnelle. Etre cultivé et savoir faire preuve de qualités intellectuelles et humaines dans sa pensée ne peuvent en aucun cas vous nuire.

 

Une prépa présente au moins trois grands atouts. Elle ne se contente pas de donner des connaissances : les livres le font très bien. Au mieux, les Prépas disposent d’un système d’espace numérique de travail qui présente déjà l’avantage de faciliter l’accès aux connaissances. Leur intérêt est ailleurs : les Prépas vont transmettre des méthodes, organiser des concours blancs et disposer d’équipes dont c’est la spécialité. C’est là que résident leurs grandes forces. Les méthodes vont permettre d’optimiser le travail personnel et de structurer la pensée une fois devant un sujet. Elles mettent en valeur les connaissances et les qualités du candidats. Les concours blancs offrent une opportunité unique d’entraînement, ce qui ne peut être négligé. Enfin, la disponibilité d’enseignants qui ont une grande connaissance des concours Sciences Po est un atout important : les élèves ont des interlocuteurs disposant d’une grande expérience en la matière. Les enseignants vont lever les zones d’ombre.

 

Au risque de me répéter, je pense que s’inscrire dans une prépa est une belle opportunité : ce n’est pas uniquement une charge de travail supplémentaire, l’élève doit le voir comme une occasion de mûrir intellectuellement. C’est là que démarre sa préparation.